ETUDE COMPARATIVE

DES DIFFERENTS MODELES DE CUIRASSES

SOUS LE CONSULAT ET L’EMPIRE

par Bout'feu

1. Introduction.

Les lignes qui suivront n’ont certainement pas la prétention de dévoiler de nouvelles découvertes dans le cadre de l’étude des cuirasses françaises sous le Consulat et l’Empire. Le seul but est de présenter une synthèse de différentes sources et ce de façon comparative. Les dires seront autant que faire se peut, illustrés par différents dessins et clichés.

 

 

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2. Considérations préliminaires.

• Il faut savoir tout d’abord que la présente étude est rendue difficile par le fait même qu’il existe de nos jours peu d’exemplaires « pur jus » de cuirasse. En effet les quelques exemplaires qui nous sont parvenus à travers les âges ont bien souvent été transformés puisque les armées ont continué à les utiliser.


• Par ailleurs, aucune réglementation au sens propre du terme n’existe. Il est donc ardu d’établir une quelconque classification.


• Les cuirasses ont connu une évolution constante selon les améliorations apportées sur base de l’expérience acquise au combat. De plus, les cuirasses des officiers (achat personnel de chacun d’entre-eux, faut-il le rappeler) ont bien souvent au niveau de ces améliorations, une longueur d’avance sur celles distribuées à la troupe.


• Le 2ème modèle 2ème type sera utilisé et conservé jusque sous la seconde Restauration mais les écailles seront remplacées par des chaînettes en gourmette.
• Le poids des cuirasses donné pour le 2ème Modèle 1er Type sera fatalement différent pour le modèle suivant en raison de la diminution de l’emmanchure, de l’apparition d’une gouttière, la plate bande s’aplatissant.
• Les rivets d’une même cuirasse peuvent être différents.
• Il existe plusieurs manières de fixer la matelassure sur la cuirasse. Soit par un fil de fer passant de rivet en rivet, soit par une bande de chanvre de 25mm de large et maintenue par une rondelle, elle-même retenue au pied d’un rivet.
• Les épaulières peuvent être montées sur une charnière fixée à la dossière par 3 rivets et la partie « écailles » par 2 rivets.
• Le nombre de rivets peut varier de 2 unités selon la hauteur du flanc (de 3 à 4 rivets).
• La boucle de ceinture peut être à rouleau dès 1808-1809
• Le feston des écailles sur les épaulières peut être décalé d’un demi-feston une écaille sur deux. Cependant, il est possible que les écailles soient identiques sur toute la longueur de l’épaulière.
• Les écailles peuvent être fixées sur le cuir de Hongrie (recouvert de drap écarlate ou non) par un fil de laiton ou par un cordon tressé de +/- 3,5mm.
• Le cuir de l’épaulière peut être de la même largeur que les écailles.

 

 

3. 1er Modèle (1804).

a. Planches Christian Ariès 4ème fascicule 1969.

(1) Généralités.

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Tôle laminée(1) de fer corroyé(2) d’une épaisseur de 15 points (+/-2,8mm) aussi bien plastron et dossière.

Existe en deux tailles :


• 1ère taille : hauteur 15 pouces 4 lignes (41,5cm) ; longueur 14 pouces (37,9cm) ; poids 14 livres (6,8Kg).
• 2ème taille : hauteur 15 pouces 8 lignes (42,4cm) ; longueur 14,5 pouces (39,3cm) ; poids 15 livres (7,3Kg).

(2) Description.

• Arête médiane saillante.
• Busc( ) prononcé.
• Plastron découpé en pointe.
• Plastron et dossière bordés d’un bourrelet.
• 32 rivets en laiton à tête bombée sauf 4 à tête plate (ceux sous les épaulières).

(3) Epaulières.

• Réalisées en buffle épais, recouvertes d’écailles en laiton cousues sur les bretelles avec un fil de laiton.
• Pas d’articulation.
• Les premiers rivets prennent sur la première écaille de laiton.
• Agrafes fixées par des rivets à tête bombée et maintenues sur le plastron par des tenons du même métal que la cuirasse, languettes en cuir de Hongrie en forme de cœur.

(4) Branches de ceinture.

• Placées entre les deux derniers rivets des flancs de la dossière.
• Fixées par deux rivets à tête bombée (donc 4 au total).
• Courroies en buffle pour la troupe.
• Branche de gauche plus courte que celle de droite et porte le boucleteau en cuivre.
• Branche de droite plus longue et terminée par un cœur en laiton.


(5) Matelassure.

• Rembourrée de crin.
• Toile de chanvre cousue sur fil torsadé en fer fixé aux pieds des rivets.
• La matelassure du plastron comporte une pochette dans laquelle sont placées les pièces de matricules du cavalier.

(6) Fraise.

• Bande de drap écarlate, bordée d’un galon de fil blanc posé à cheval.
• Se coud sur le même fil de fer qui sert à la matelassure.

 

b. Revue Uniformes n°41 (1978).

(1) Généralités.

Tôle laminée de fer corroyé d’une épaisseur de 2,8mm. Existe en deux tailles et d’un poids respectif de 6,8Kg et 7,3Kg.


(2) Description.

• Plastron et dossière bordés d’un bourrelet et donc pas de gouttière.
• Plastron et dossière avec chacun 34 rivets de laiton à tête ronde dont les pieds fixent un fil sur lequel est cousue la matelassure.

(3) Epaulières.

• Réalisées en buffle épais garnis de drap écarlate.
• Fixées par des rivets sur le sommet de la dossière
• Ecailles de cuivre festonnées.
• Agrafes en laiton à deux mortaises.

(4) Branches de ceinture.

• Rivées sur le côté de la dossière
• La branche de gauche porte le boucleteau.

 


c. Revue ABN n°85 (2001).

(1) Généralités.


Ce modèle fut réalisé à partir de 1802 sur base du modèle de 1799. Tôle laminée de fer corroyé d’une épaisseur de 2,8mm aussi bien plastron et dossière. Existe en deux tailles :
• 1ère taille : hauteur 15 pouces 4 lignes (41,5cm) ; longueur 14 pouces (37,9cm) ; poids 14 livres (6,8Kg) (complète avec les garnitures).
• 2ème taille : hauteur 15 pouces 8 lignes (42,4cm) ; longueur 14,5 pouces (39,3cm) ; poids 15 livres (7,3Kg) (complète avec les garnitures).

(2) Description.

• Plastron allongé et arête busquée.
• Plate bande en pointe.
• Bourrelet sur le pourtour et donc pas de gouttière afin d’éviter tout cisaillement.
• 32 rivets à 34 rivets dont le pied fixe un fil de fer sur lequel est cousu la matelassure et sur laquelle se lassait la fraise.

(3) Epaulières.

• Réalisées en buffle épais gainé de drap écarlate.
• Ecailles festonnées fixées par un fil de laiton piqué dans le buffle.
• Maintenues sur la dossière par 2 rivets qui prennent la première écaille.
• Agrafes en laiton à 2 mortaises avec tirant en cuir de Hongrie en forme de cœur et maintenu par 2 rivets (4 par agrafe).

(4) Branches de ceinture.

• 2 branches en cuir naturel de Hongrie fixées par 2 rivets de laiton bombés entre 2 rivets des flancs de la dossière.
• Branche de gauche plus courte que celle de droite et porte la boucle de laiton à ardillon de fer.
• Partie de droite plus longue et terminée par un cœur de laiton souvent perdu.

(5) Matelassure.

• Grosse toile de chanvre à chevrons.
• Peut être double avec du crin entre les épaisseurs.
• Cousue au fil de fer des rivets.
• La matelassure de plastron comporte une poche large de 185mm et haute de 220mm.

(6) Fraise.

• 2 bandes de drap écarlate de 232cm de long sur 7,5cm de large.
• Lacée sur le bord de la matelassure par un fil blanc.
• Galon de fil blanc à cheval sur le bord.
• Fait le tour de chaque demi-cuirasse.

d. Revue Tradition n°54-55.

(1) Généralités.


Tôle de fer laminée ou de fer battu d’une épaisseur de 2,8mm. Réalisée en 2 tailles et pèse environ 7,5Kg. Les dimensions moyennes sont : largeur 38cm et longueur 41cm.

(2) Description.

• 34 rivets.

(3) Epaulières.

• Réalisées en buffle épais gainée de drap rouge recouvert d’écailles de laiton fixées par un fil de fer de même métal.
• Agrafe en laiton à mortaises garnie de cœur en cuir.

(4) Branches de ceinture.

• En cuir de Hongrie.

(5) Matelassure.

• Coussinet de grosse toile bourrée de crin fixée à l’intérieur du plastron par un fil de fer lui-même pris dans les pieds des rivets sphériques.

(6) Fraise.

• 2 bandes de drap écarlate de 232cm de long sur 7,5cm de large.
• Lacée sur le bord du coussinet par un fil blanc.
• Galon de fil blanc à cheval sur le bord.
Remarque : les cuirasses sont entretenues au sablon en poli brillant.

 

e. Les uniformes du Premier Empire ; Les Cuirassiers (Cdt Bucquoy, 1978).

(1) Description.

• Plastron et dossière garnie de clous de cuivre avec courroie en cuir de bœuf et agrafe en cuivre.
• Le plastron relevé en arête dans son milieu et doublé de forte toile.
• Plus long sur le devant (que celle du 2ème Modèle, ndla).

(2) Epaulières.

• Il existe plusieurs systèmes.
• En écailles et fixées par 2 rivets à la dossière.
• En écailles dont la dernière comporte 6 festons (au lieu de 5 pour toutes les autres) et fixée par une charnière à une plaque de cuivre, elle-même fixée par 3 rivets à la dossière.
• Les écailles reçurent de nombreuses critiques car elles se faussent, s’arrachent et usent le manteau.
• Les écailles seront remplacées à la fin de l’Empire par des chaînettes. Le 9ème Cuirassier aurait porté des chaînettes sous l’Empire. Le 8ème Cuirassier aurait laissé ses épaulières en simple cuir noir sans écaille ni chaînette.

(3) Fraise.

• Bande de drap rouge bordé d’un galon blanc.
• Amovible par un laçage passant par des œillets percés dans le bord de drap et dans le pourtour de la matelassure de la cuirasse.
• Il y a une bande pour le plastron et une pour la dossière. Donc il y a une fraise autour du cou, des emmanchures et de la taille toujours en 2 parties discontinues.

 

4. 2ème Modèle 1er Type (1807).

a. Revue Uniforme n° 41 (1978).

• Plastron plus bombé (que le 1er Modèle, ndla).
• L’ouverture aux emmanchures diminue afin d’augmenter la protection du cavalier.
• Il n’y a plus d’angle à la bordure inférieure.

b. Revue ABN n°85 (2001).

• Plastron bombé vers l’avant.
• L’ouverture des emmanchures diminue.
• Il y a un bourrelet partout sur les 2 coquilles.
• Il n’y a plus de busc mais l’arête reste bien marquée.
• Il y a une pointe sur la bordure inférieure de la plate bande.

 

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5. 2ème Modèle 2ème Type (1812).

a. Christian Ariès, 1er Fascicule (1970).

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(1) Généralités.


Tôle de fer corroyée et laminée d’une épaisseur de 15 points (2,8mm). Elle existe en deux tailles aux dimensions identiques au 1er Modèle. Cependant, l’emmanchure diminue afin d’augmenter la protection du cavalier. La hauteur de cette emmanchure correspond à la largeur, ce qui la rend moins élégante.


(2) Description.

• L’arête est saillante mais moins prononcée.
• Le busc a disparu, l’arête se bombant régulièrement pour s’effacer à hauteur de la ceinture.
• Le bas du plastron est arrondi.
• Il y a une gouttière au niveau du col, donc bourrelet partout ailleurs.
• Bourrelet partout sur la dossière.
• Les rivets sont identiques au 1er Modèle mais ne retiennent plus un fil de fer. Celui-ci est remplacé par un petit crochet maintenu par le pied du rivet.

(3) Epaulières.

• Réalisées en buffle recouvert de cuir de Hongrie.
• Les écailles sont cousues par un fil de laiton.
• Agrafes à tirant en cuir de Hongrie.
• Fixées par deux rivets à tête bombée.

(4) Branches de ceinture.

• En cuir de Hongrie noirci ou brun foncé.
• Fixées à la dossière par deux rivets (donc quatre au total)
• Le boucleteau en laiton est fixé sur la branche de gauche.

Remarque : il existe des cuirasses de troupe sans marquage !


b. Revue Uniforme n° 41 (1978).

• Il n’y a plus de busc à l’arête du plastron.
• Il y a une gouttière au col.
• La garniture intérieure est fixée par des crochets maintenus au pied des rivets (donc plus de fil de fer).
• Les cuirasses sont en général marquées Zuderell, mais il en existe sans marquage.

c. Revue ABN n°85 (2001).

• Plate bande arrondie
• Bourrelet de col remplacé par une gouttière, mais bourrelet partout ailleurs.
• Les pieds des rivets fixent des agrafes afin de défaire complètement les garnitures.
• L’emmanchure diminue de telle façon que la hauteur devient quasi égale à la largeur.
• Les épaulières sont en buffle naturel recouvert de cuir de Hongrie et les tirants des agrafes à mortaises sont en forme de cœur en cuir de Hongrie.
• Les écailles sont en laiton.


Remarque : l’auteur parle d’un Modèle 1808-1809.


(5) Conclusion.

• Comme nous avons pu le constater et comme tous les auteurs s’accordent à le dire, il n’y a aucune règle établie relative à une quelconque norme de fabrication.
• De ce fait, chaque cuirasse ayant traversé les âges jusque nous sera différente.
• Néanmoins, la classification en 3 périodes semble être ce qu’il y a de plus rationnel à l’heure d’aujourd’hui.
• Pour savoir à quelle période une cuirasse appartient et afin d’éviter de se couper les cheveux en quatre, il faut se baser sur les grandes lignes comme l’aspect de la plate bande de plastron, l’apparence de l’arête et du busc et aussi la présence d’une gouttière ou non au col.


(6) Bibliographie

• Revue ABN n°85 2001 (Coll. Privée).
• Fascicules de Christian Ariès 1 (1970), 4 (1969) (MRA Aj-II-483a)
• Revue Uniformes n°41 (1978) (Coll. Privée).
• Revue Tradition n°54-55 (1991) (Coll. Privée).
• Les Uniformes du 1er Empire, Les Cuirassiers, Ed Grancher, 1978(Coll. Privée).