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Le 7e Régiment de cavalerie de 1814 à Waterloo.

Pendant la première Restauration, le 7e cuirassiers tient garnison à Abbeville. Il va terminer la première partie de sa carrière dans les champs de Waterloo.

L‘armée que Napoléon réunissait sur la Sambre, pour agir en Belgique, comprenait six corps d’infanterie, la garde impériale et une réserve de cavalerie. Quatre corps composaient la réserve de cavalerie que l’Empereur avait placée sous le commandement supérieur du maréchal de Grouchy.

Le 7e cuirassiers faisait partie du 4e corps sous les ordres du général comte Milhaud. Le 4e corps, formé de deux divisions, avait la composition suivante :

13e division de cavalerie : Général Watier de St-Alphonse.


1re brigade, général Dubois.

- 1er cuirassiers
- 4e cuirassiers


2e brigade, général Travers.

- 7e cuirassiers
- 12e cuirassiers

14e division de cavalerie : Général B Delort.


1re brigade, général B Farine.
- 5e cuirassiers
- 10e cuirassiers

2e brigade, général B Vial.

- 6e cuirassiers
- 9e cuirassiers

 

Les corps de cavalerie, réunis les 12 et 13 juin à Solre-le-Château, furent dirigés le 14 en avant de Beaumont, d’où, le 15, commençait le mouvement sur Charleroi.
Le soir du 15, les 3e et 4e corps bivouaquaient près des bois de Gazolles. Le 16, l’Empereur ayant divisé son armée en deux ailes qu’il confiait, la droite à Grouchy, la gauche à Ney, avec la Garde comme réserve, les corps Valmy et Milhaud devaient rallier le gros de l’armée qui allait combattre le 16 à Ligny et aux Quatre-Bras.

Le corps Milhaud était à Ligny en face des Prussiens. A cinq heures et demie, au moment de l’attaque décisive de la position, la Garde dessina un mouvement tournant qu’appuyèrent les cuirassiers de Milhaud. Ces braves régiments, saisissant le moment opportun, s’élancèrent sur les réserves de l’ennemi, qu’ils sabrèrent.

Le 17, la marche de l’armée continue. Le corps de Milhaud flanque les colonnes.
Le 18, à onze heures du matin, l’armée est prête à engager l’action. Le corps Milhaud, sur deux lignes, est derrière d’Erlon, la gauche à la chaussée de Charleroi, la droite vers Frichermont.
A onze heures et demie, le combat s’engage à notre aile gauche.
Vers une heure et demie, Ney se lance à l’attaque de la Haie-Sainte. Les troupes sont menacées sur les flancs par un bataillon hanovrien de Lunebourg que le prince d’Orange envoie au secours de la position attaquée.
Ney a sous la main une brigade des cuirassiers de Milhaud dont il lance un des régiments sur les Hanovriens. Les cuirassiers chargent et dispersent le bataillon de Lunebourg auquel ils enlèvent son drapeau. L’infanterie soutient les efforts de nos braves cavaliers.

C’est alors que Wellington, accouru sur les lieux, fait charger les dragons écossais de Ponsonby, qui, tombant sur notre infanterie pénètrent ses colonnes et lui enlèvent deux aigles.

Napoléon lance aussitôt la brigade Travers (7e et 12e cuirassiers).
Nos cuirassiers culbutent la cavalerie anglaise, reprennent les drapeaux, dégagent l’infanterie, et, poursuivant leurs charges victorieuses, taillent en pièces les dragons anglais.

Ponsonby est tué. De ses 1.200 dragons, 600 à peine se sont échappés ; les autres ont péri ou ont été faits prisonniers. Deux commandants de régiments, les lieutenants-colonels Hamilton et Mater, ont été, l’un grièvement blessé, l’autre tué.

Vers quatre heures et demie, l’attaque du 4e corps prussien devient plus menaçante. Bulow montrait sans cesse de nouvelles troupes.
A Ney qui demande du secours, Napoléon envoie les cuirassiers de Milhaud.
C’est alors que commencent ces charges légendaires de nos cuirassiers qui demeurèrent les derniers sur le plateau où sombra à tout jamais la fortune de Napoléon.

Le 7e y prit une part glorieuse et nous nous plaisons à reproduire ici ces pages émouvantes dans lesquelles sont si brillamment narrés ces exploits merveilleux de nos braves cuirassiers. Nous y trouverons fréquemment cité le corps Milhaud avec lequel fit héroïquement son devoir.

D’après la volonté de Napoléon, les cuirassiers de Milhaud, qui étaient derrière d’Erlon, s’ébranlèrent au trot, parcoururent le champ de bataille de droite à gauche, traversèrent la chaussée de Bruxelles et allèrent se placer derrière leur première brigade que Ney avait déjà plusieurs fois employées contre l’ennemi. Ils prirent position entre la Haie-Sainte et le bois de Goumont, pour remplir l’espace laissé vacant par les divisions de Reille. Le mouvement de ces formidables cavaliers comprenant huit régiments et quatre brigades causa une vive sensation. Tout le monde crut qu’ils allaient charger et que dès lors le moment suprême approchait. On les salua du cri de Vive l’Empereur ! auquel ils répondirent par les mêmes acclamations. Le général Milhaud, en passant devant Lefebvre-Desnouettes, qui commandait la cavalerie légère de la garde, lui dit en lui serrant la main : Je vais attaquer, soutiens-moi. Lefebvre-Desnouettes, dont l’ardeur n’avait pas besoin de nouveaux stimulants, crut que c’était par ordre de l’Empereur qu’on lui disait de soutenir les cuirassiers, et, suivant leur mouvement, il vint prendre rang derrière eux…
Lorsque Ney vit tant de belle cavalerie à sa disposition, il redoubla de confiance et d’audace, et il en devint d’autant plus impatient de justifier ce qu’il avait dit à Drouot, que, si on le laissait faire, il en finirait à lui seul avec l’armée anglaise….
Soixante pièces de canon étaient en avant de la ligne anglaise, peu appuyées, et offrant à un ennemi audacieux un objet de vive tentation. Tout bouillant encore du combat de la Haie-Sainte, confiant dans les 5,000 cavaliers qui venaient de lui arriver, et qui formaient quatre belles lignes de cavalerie, Ney n’était pas homme à se tenir tranquille sous les décharges de l’artillerie anglaise. S’étant aperçu que cette artillerie était sans appui, et que l’infanterie anglaise elle-même avait exécuté un mouvement rétrograde, il résolut d’enlever la rangée de canons qu’il avait devant lui, et se mettant à la tête de la division Delort composée de quatre régiments de cuirassiers, ordonnant à la division Wathier de la soutenir, il partit au trot malgré le mauvais état du sol. Ne pouvant déboucher par la chaussée de Bruxelles qui était obstruée, gêné par l’encaissement du chemin d’Ohain, très profond en cet endroit, il prit un peu à gauche, franchit le bord du plateau avec ses quatre régiments et fondit comme l’éclair sur l’artillerie qui était peu défendue. Après avoir dépassé la ligne des canons, voyant l’infanterie de la division Alten qui semblait rétrograder, il jeta sur elle ses cuirassiers ; ces braves cavaliers, malgré la grêle de balles qui pleuvait sur eux, tombèrent à bride abattue sur les carrés de la division Alten, et en renversèrent plusieurs qu’ils se mirent à sabrer avec fureur. Cependant quelques-uns de ces carrés, enfoncés d’abord par le poids des hommes et des chevaux, mais se refermant en toute hâte sur nos cavaliers démontés, eurent bientôt réparé leurs brèches. D’autres, restés intacts, continuèrent à faire un feu meurtrier. Ney, en voyant cette résistance, lance sa seconde division, celle de Wathier, et sous cet effort violent de quatre régiments nouveaux de cuirassiers, la division Alten est culbutée sur la seconde ligne de l’infanterie anglaise. Plusieurs bataillons des légions allemande et hanovrienne sont enfoncés, foulés aux pieds, sabrés, privés de leurs drapeaux. Nos cuirassiers, qui étaient les plus vieux soldats de l’armée, assouvissent leur rage en tuant des Anglais sans miséricorde.
Inébranlable au plus fort de cette tempête, le duc de Wellington fait passer à travers les intervalles de son infanterie la brigade des gardes à cheval de Somerset, les carabiniers hollandais de Trip et les dragons de Dornberg.
Ces escadrons anglais et allemands, profitant du désordre inévitable de nos cavaliers, ont d’abord sur eux l’avantage, et parviennent à les repousser. Mais Ney, courant à Lefebvre-Desnouettes, lui fait signe d’arriver, et le jette sur la cavalerie anglaise et allemande du duc de Wellington. Nos braves lanciers se précipitent sur les gardes à cheval, et, se servant avec adresse de leurs lances, les culbutent à leur tour. Ayant eu le temps de se reformer pendant cette charge, nos cuirassiers reviennent, et, joints à nos chasseurs, à nos lanciers, fondent de nouveau sur la cavalerie anglaise. On se mêle, et mille duels, le sabre ou la lance à la main, s’engagent entre les cavaliers des deux nations. Bientôt les nôtres l’emportent et une partie de la cavalerie anglaise reste sur le carreau.
Napoléon, dont l’attention avait été rappelée de ce côté par cet affreux tumulte de cavalerie, avait aperçu l’œuvre tentée par l’impatience de Ney. Tout autour de lui on y avait applaudi. Mais ce capitaine consommé qui avait déjà livré en personne plus de cinquante batailles rangées, s’était écrié : C’est trop tôt d’une heure ! Napoléon pensa néanmoins qu’il fallait soutenir ce qui était fait, et il envoya l’ordre à Kellermann d’appuyer les cuirassiers de Milhaud. Les 3,000 cuirassiers de Kellermann avaient derrière eux la grosse cavalerie de la garde, forte de 2,000 grenadiers à cheval et dragons et les uns et les autres brûlant d’impatience d’en venir aux mains, car la cavalerie était aussi ardente que l’infanterie dans cette funeste journée.
Kellermann, qui venait d’éprouver aux Quatre-Bras ce qu’il appelait la folle ardeur de Ney, blâmait l’emploi désespéré qu’on faisait en ce moment de la cavalerie. Se défiant du résultat, il retenait une de ses brigades, celle des carabiniers, pour s’en servir comme dernière ressource, et livra le reste au maréchal Ney avec un profond chagrin. Celui-ci accouru à la rencontre des cuirassiers de Kellermann, les enflamme par sa présence et ses gestes, et gravit avec eux le plateau au bord duquel la cavalerie précédemment engagée reprenait haleine.
Le duc de Wellington attendait de sang-froid ce nouvel assaut. Derrière la division Alten, presque détruite, il avait rangé le corps de Brunswick, les gardes de Haitland, la division Mitchell, et en troisième ligne les divisions Chassé et Clinton. Abattre ces trois murailles était bien difficile, car on pouvait en renverser une, même deux, mais il n’était guère à espérer qu’on vînt à bout de la troisième.
Néanmoins, l’audacieux Ney débouche sur le plateau avec ses escadrons couverts de fer, et à son signal ces braves cavaliers partent au galop en agitant leurs sabres en criant Vive l’Empereur ! Jamais, ont dit les témoins de cette scène épouvantable, on ne vit rien de pareil dans les annales de la guerre. Ces 20 escadrons, officiers et généraux en tête, se précipitent de toute la force de leurs chevaux, et malgré une pluie de feux, abordent, rompent la première ligne anglaise. L’infortunée division Alten, déjà si maltraitée, est culbutée cette fois et le 69e anglais est haché en entier. Les débris de cette division se réfugient en désordre sur la chaussée de Bruxelles. Ney, ralliant ses escadrons , les lance sur la seconde ligne. Ils l’abordent avec la même ardeur, mais ils trouvent ici une résistance invincible. Plusieurs carrés sont rompus ; toutefois, le plus grand nombre se maintient et quelques-uns de nos cavaliers perçant jusqu’à la troisième ligne, expirent devant les baïonnettes, ou se dérobent au galop pour se reformer en arrière, et renouveler la charge. Le duc de Wellington se décide alors à se sacrifier les restes de sa cavalerie. Il la jette dans la mêlée où bientôt elle succombe ; car si l’infanterie peut arrêter nos cuirassiers par les baïonnettes, aucune cavalerie ne peut supporter leur formidable choc. Dans cette extrémité, il veut faire emploi de 1,000 hussards de Cumberland qui sont encore intacts. Mais à la vue de cette arène sanglante, ces hussards se replient en désordre, entraînant sur la route de Bruxelles les équipages, les blessés, les fuyards qui s’y précipitent en foule.
Ney, malgré la résistance qu’il rencontre, ne désespère pas d’en finir le sabre au poing avec l’armée anglaise. Un nouveau renfort imprévu lui arrive. Tandis qu’il livre ce combat de géants, la grosse cavalerie de la garde accourt sans qu’on sache pourquoi.
Elle était demeurée un peu en arrière dans un pli de terrain, lorsque quelques officiers s’étant portés en avant pour assister au combat prodigieux de Ney, avaient cru à son triomphe et avaient crié victoire en agitant leurs sabres. A ce cri, d’autres officiers s’étaient avancés, et les escadrons les plus voisins, se figurant qu’on leur donnait le signal de la charge ; s’étaient ébranlés au trot. La masse avait suivi, et par un entraînement involontaire, les 2.000 dragons et grenadiers à cheval avaient gravi le plateau, au milieu d’une terre boueuse et détrempée. Pendant ce temps, Bertrand, envoyé par Napoléon pour la retenir, avait couru en vain après eux sans pouvoir les rejoindre. Ney s’empare de ce renfort inattendu et le jette sur la muraille d’airain qu’il veut abattre. La grosse cavalerie de la garde fait à son tour des prodiges, enfonce des carrés, mais, faute de cuirasses, perd un grand nombre d’hommes sous les coups de la mousqueterie. Ney, que rien ne saurait décourager, lance de nouveau les cuirassiers de Milhaud, qui venaient de se reposer quelques instants, et opère ainsi une suite de charges continue au moyen de nos escadrons, qui, après avoir chargé, viennent au galop se reformer en arrière pour charger encore. Quelques-uns même tournent le bois de Goumont pour venir se remettre en rang et recommencer le combat. Au milieu de cet acharnement, Ney, apercevant la brigade de carabiniers que Kellermann avait tenue en réserve, court à elle, lui demande ce qu’elle fait, et malgré Kellermann s’en saisit, et la conduit à l’ennemi. Elle ouvre de nouvelles brèches dans la seconde ligne de l’infanterie britannique, renverse plusieurs carrés, les sabres sous le feu de la troisième ligne, mais ruine aux trois quarts le second mur sans atteindre ni entamer le troisième. Ney s’obstine et ramène jusqu’à onze fois les 10,000 cavaliers au combat, tuant toujours sans pouvoir venir à bout de la constance d’une infanterie qui, renversée un moment, se relève, se reforme et tire encore.

(Adolphe Thiers.)

 

Ney a rassemblé les débris de ses régiments. Les 3e et 4e corps viennent à Reims se reformer pour continuer leur route sur Paris où s’achèvera le drame.

Le 7e régiment de cuirassiers fut licencié le 23 mars 1815. Ses débris furent versés dans le 4e régiment de nouvelle formation. Le licenciement du régiment fut confirmé par l’ordonnance du 16 juillet 1815. L’ordonnance du 30 août, qui constituait de nouveau les corps de cavalerie, ne reformait que six régiments de cuirassiers.