Home Le 7e Cuir Uniforme Uniforme Le casque de cuirassier ( 1803 - 1815 )

Le casque de cuirassier (1803-1815)

par Bout'feu

 

Image Active


 

A: "Bombe", "calotte" ou "tymbre
B: "turban" de fourrure
C:  visière cerclée
D: "ailerons" ou "flancs" de cimier
E: "masque" de cimier
F: "rosette" de jugulaire
G: "jugulaires" à écailles
H: "crinière"
I:  douille de "plumet"
J: "plumet"
k: "lentille" de "marmouset"
L: "houpette" de "marmouset"
M: "douille" de "marmouset"

 

1. Introduction.

Il suffit de songer aux Cuirassiers, pour qu’à l’instant même une image nous saute à l’esprit : le casque à cimier et crinière. Cette pièce d’équipement illustre à elle seule toute l’épopée impériale de ces prestigieux Régiments de Cavalerie Lourde.

 

Néanmoins, au même titre qu’il existe un vide réglementaire concernant les cuirasses, il en va aussi de la sorte pour le casque de Cuirassier.
Nous allons donc tenter d’aborder le sujet de manière pragmatique et systématique en nous basant sur différentes pièces parvenues jusqu’à nous.

Avant d’aller plus loin, rappelons-nous que la coiffure de la cavalerie est le bicorne dont l’Instruction de 1791 en donne une très précise description, ainsi que dans l’état du 4 brumaire an X.
Le chapeau équipait tous les régiments y compris le 8ème Régiment de Cavalerie qui porte depuis toujours la cuirasse.
Il était courant que ce couvre-chef soit renforcé d’une calotte en fer, protégeant ainsi la tête du cavalier.

C’est sous la fin du Consulat que, sous l’impulsion de certains Chef de Corps, l’idée du casque commence à se généraliser.
En effet, dès 1798, les Généraux Kellermann et Bourcier présentaient dans leur projet de réorganisation de la Cavalerie, d’abandonner le chapeau au profit du casque.

Image Active  Cela se concrétisera avec l’état militaire de la République Française, non sans les insistances pressantes de nombreux Généraux, dont le Général Ney s’exprimant en ces termes : « La coiffure du chapeau est vicieuse et gênante, il n’y aurait que le casque en état de donner la régularité et l’uniformité qui manquent sur ce point (rapport d’inspection du 4ème de Cavalerie du 5 mars 1802) ».

Puisqu’il n’existe aucun texte réglementaire et à l’instar de ce que nous avons établi dans notre étude sur les cuirasses, nous classerons les « modèles » sur base chronologique.

Entamons dès lors, notre parcours systématique de cette prestigieuse coiffure.

2. Modèle 1800.

Image Active

Le premier modèle dont nous allons parler, est en effet le celui proposé en 1798. Il s’inspire du modèle en usage au sein de Régiments de Dragons. Ce modèle équipera le 8ème Régiment de Cavalerie dès 1801, comme le prouve un document relatif à la situation de ses magasins. Il y est indiqué que 500 casques seront fabriqués sur base du modèle proposé en 1798.
Le 1er Régiment de Cavalerie prendra en 1801 également, un casque conforme à celui du 8ème Régiment. Son Chef de Corps lui préférait cependant le bonnet de Grenadier, trouvant le casque trop semblable à celui des Dragons, trop peu énergique par rapport à la taille des hommes et des chevaux, à leur armure. Il invoque aussi ceci :
« Les casques adoptés présenteront à une certaine distance la coiffure des Dragons : leur forme, leur hauteur, les crinières, le cimier sont absolument les mêmes, le turban seul est en peau d’ours mais ne distingue pas assez les troupes ».

Il continue dans les termes suivants : « Il y a du beau et du brillant dans le casque et c’est selon moi ce qu’il faudrait éviter; on doit s’appliquer à donner du sérieux à ces corps et à en écarter tout ce qui pourrait être plus luxueux qu’utile.
Le bonnet de Grenadier adopté par les Carabiniers et garni de manière à éviter les coups de sabre est donc la coiffure la plus convenable à la Cavalerie de bataille et particulièrement aux corps d’élite de cette arme, elle réunit la solidité et l’énergie à la beauté d’une uniformité mâle et imposante ; elle produirait en outre une économie de plus de moitié dans les dépenses occasionnées par les chapeaux qu’il est indispensable de supprimer… ».
Rappelons au passage que les Chefs de Corps de deux Régiments dont il est question se livre une guerre d’usure, estimant chacun pouvoir légitimement être le premier Régiment de l’arme, mais cela est une autre histoire…

C’est aussi à cette époque que certains Chef de Corps, dont le Chef de Brigade Merlin,  souhaitent distinguer leur compagnie d’élite par une crinière blanche. Le ministère répondra à cette initiative qu’il n’est nullement nécessaire de distinguer une compagnie, puisque les Régiments de Cavalerie Lourde représentent eux-mêmes l’élite de la Cavalerie.
 
Voici donc plusieurs descriptions de ce premier modèle:

a. 1798.

Art. 7 du projet du 29 Germinal An VI (18 avril 1798) : « toute la Cavalerie sera coiffée en casque de fer battu et bronzé de la même manière que ceux des Dragons, le devant du cimier du casque sera aux attributs de la République, plaqué en argent, avec le tour d’oursin noir ».
Notons que le choix de l’ourson symbolise l’appartenance des Cuirassiers à l’élite de la Cavalerie (au même titre que le port des épaulettes écarlates), en référence aux Grenadiers, élites de l’infanterie.

b. 1799.

On trouve un autre projet assez similaire : « Le chapeau sera remplacé par un casque de fer battu et bronzé ; le turban sera de peau d’ours noir, il sera garni de deux jouelières en cuir recouvert de petites feuilles de cuivre entrelacées, assez épaisses pour pouvoir résister au tranchant du sabre, ces jouelières serviront aussi de sous-gorge et pourront se relever autour du turban dont elles feront ornement quand il ne s’agira pas de combattre. Le cimier du casque sera orné d’une crinière noire flottante et le turban de la cocarde nationale et d’un plumet bleu ».

c. An XII.

Image Active

On substituera aux chapeaux le casque de fer battu bronzé dans la forme de celui des Dragons, orné de la cocarde et d’un plumet blanc. Il sera adapté au turban deux jouelières de cuir recouvertes d’écailles de poisson simulées en cuivre, elles seront prolongées de manières à pouvoir servir de sous-gorge et assez larges pour préserver les faces de coups de sabre. Elles se relèveront autour du turban dont elles feront l’ornement quand il ne s’agira pas de combattre.

Il est aussi dit que la visière de cuir noir sera cousue sur un turban de cuir fauve recouvert d’une peau d’oursin noir. Une douille porte plumet sera fixée sur le côté gauche. Le cimier de laiton des Dragons sera conservé mais la bombe sera d’acier poli. Une mentonnière de cuir noir est dissimulée à l’intérieur de la coiffe (on ne parle donc pas de jouelières à écailles) et la crinière est noire, similaire à celle des Dragons.

d. 1800.

C’est le modèle Dragons mis au point en 1800, avec la visière de cuir noirci cousue sur le turban de cuir fauve que recouvre une peau d’oursin noir, rappelant ainsi les bonnets à poil des Grenadiers et de Carabiniers. Sur le côté gauche est fixée une douille porte-plumets. Le cimier de laiton des Dragons a été conservé, mais la bombe est d’acier poli, ce qui donne « trop de brillant », ainsi que l’écrit le Chef de Brigade Margaron.
Une mentonnière de cuir noirci est dissimulée à l’intérieur de la coiffe. La crinière noire et semblable à celle des Dragons.

3. Modèle 1803.

Image Active

Ce modèle de casque est plus trapu et mieux proportionné à la taille de la cuirasse. Le cimier de laiton est plus élevé que celui du modèle précédent et porte sur le devant (ou masque) une silhouette de cuirasse à la romaine avec le numéro du Régiment, le tout surmonté d’une tête de Gorgone.
Quelquefois, l’aigrette de la crinière est fixée dans une lentille de laiton comme au 1er Régiment, mais le fait est rare. La bombe est en acier bruni. Le bandeau de fourrure noire porte des jugulaires d’écailles de laiton fixées sur une rosette (ndla rosaces) de même métal, ornée d’une étoile.
Porte-plumet à gauche et visière de cuir noir renforcée par un jonc de laiton. Remarquons que cette dernière adaptation relevait de l’initiative des Régiments.
Autre initiative à relever, est celle du 10ème Régiments portant un pompon de casque rouge ainsi qu’une torsade rouge le long de la crinière.
C’est à cette époque également qu’apparaissent les cimiers recouverts d’une bande de cuivre. La raison de cette dernière est double, à savoir éviter que l’eau pénétrant à travers la crinière ne coule de la bombe directement entre le dos et la dossière de cuirasse du cavalier, et aussi éviter que cette même eau ne fasse pourrir et se détériorer la crinière.

 Il faut aussi noter que même si les casques de cette période ont tous une ligne générale semblable, aucun n’est identique.
Ecoutons à ce propos ce qu’en disent les frères Brunon sur base de quatre casques ramenés des champs de bataille d’Essling et de Wagram.
«…aucun casque n’est identique…, les photographies nous évitent des descriptions fastidieuses : les différences sautent aux yeux, aussi bien dans l’allure générale que dans les détails ; parmi ces derniers, la seule constante semble être la présence de neufs palmettes décoratives aux ailerons des cimiers. Nous avons écrits que les Colonels de chacun des Régiments de Cuirassiers s’adressaient à des fournisseurs souvent différents, d’où la grande variété de casque d’un Régiment à l’autre.

Image Active


Ils ne portaient pas toujours de porte-plumets ; ceux-ci étaient alors ajoutés pour recevoir les plumets qui étaient payés soit par le Colonel, soit par l’homme lui-même.
Il est essentiel de ne pas perdre de vue que les Cuirassiers, sous le Premier Empire, n’étaient presque jamais en France : les casques avec lesquels ils sont partis en campagne en 1805 ont pu être détruits ou perdus et remplacés par des casques de fabrication locale donc étrangère (de même pour les réparations). La nature de la fourrure varie ; alors que l’ourson était de règle (comme chez les Carabiniers qui avaient encore le bonnet d’ourson), on voit aussi du phoque.
Le tour de tête était le plus souvent réglable pour s’adapter au tour de tête ; le système le plus fréquent est la boucle, mais on trouve également un laçage (casque du 6ème Régiment) ou rien du tout.
Les ailerons du cimier sont fixés l’un à l’autre par des rivets dont le nombre varie de 2 à 4. Les masques (devant du cimier) sont très variables, entre autres par le style de tête de Gorgone. Au casque du 5ème Régiment, il arrive même que le numéro 5 soit sous la cuirasse.
Les casques de cuirassiers étaient certainement instables sur la tête d’autant plus que les jugulaires étaient faibles ; soumis aux intempéries, à la rude épreuves de batailles où l’engagement de l’homme était total, chutes et coups de sabres devaient les détériorer énormément ».
Le Général de Brack écrira ceci : « A Essling, j’ai vu des bombes de casques de cuirassiers entièrement traversées par des coups de sabre et combien n’ai-je vu aussi de cavaliers tués pour avoir perdus leur coiffure ».
Finalement, voici ce que pensait le Général Espagne du casque, réclamant un casque à l’antique : « Les casques ne valent rien et cependant ils coûtent fort cher et sont très lourds à porter. On a observé qu’un coup de sabre les partageait en deux, et le Colonel du 4ème (ndla : le Prince Borghèse) en a fait la triste expérience. Il eut la crinière, le cimier, la bombe et le turban divisés en deux, et la tête fendue en deux de deux coups de sabre jusqu’à l’os dont il est sorti plusieurs esquilles. On pourrait adopter le casque à l’antique absolument en fer dans le ton des cuirasses, couvrant la nuque et dégagé de la crinière et du turban. Il pourrait garantir la tête de l’homme et ne pas peser plus que celui du nouveau modèle parce qu’ils pèseront partout également et que la crinière en flottant fatigue beaucoup le cuirassier. Des militaires doivent préférer les choses vraiment solides et utiles à des colifichets ».

Voici un tableau comparatif de 4 casques ramassés à Eylau et conservés au Musée de l’Empéri. Celui-ci illustre parfaitement les disparités rencontrées (dimensions en cm) :

Image Active
Image Active

4. Modèle 1811.

Image Active

Ce modèle fabriqué et distribué dans le courant de l’année 1811, a les particularités suivantes : son cimier de laiton est dépourvu de palmettes, ce qui simplifie sans doute la fabrication, mais ni le coût, ni n’améliore l’élégance de l’ensemble. La rosette de jugulaire ne porte plus qu’un petit « téton », remplacé par l’étoile classique pour les casques distribués en 1813-1814.
La visière de cuir noirci n’est plus forcément renforcée de jonc métallique, aussi se déforme-t-elle facilement.
Le masque du cimier est réduit à sa plus simple expression : volutes, tête de Gorgone, cuirasse ont disparu, seul le numéro du Régiment subsiste.


Voici ce qu’en pense la Général Nansouty : « la bombe du casque est trop mince, le cimier est mal fait et trop faible ; ce sont deux feuilles à peine polie et, par-devant un autre morceau de cuivre avec le numéro du Régiment ; l’on a supprimé le peu de moulure qu’il y avait sur les cotés du cimier et la tête de Méduse sur le devant. C’est une pauvre économie et cela défigure cette coiffure qui était fort belle. Les Cuirassiers trouvent ce nouveau casque fort laid et d’autant que le fer et le cuivre dont il est fait sont tellement mal fait que l’homme, quelque peine qu’il se donne, ne peut l’éclaircir ni le tenir propre. Je crois qu’il faudrait rendre aux cuirassiers leur ancien casque… ».


 Les réclamations des Chef de Corps n’auront de cesse de se plaindre de cette coiffure.
Reprenons ce que le Général de Boulnois en dit en 1813 : « les Régiments de Cuirassiers s’accordent à dire que la visière n’est pas solide ; la pluie et le soleil la déforment. Pour la conserver, il suffirait de la cercler en fer sur son pourtour. Les ailerons ne sont assujettis que par des barrettes de fer légèrement rivées, ce qui les rend peu solides. Pour remédier à cet inconvénient, il faudrait que ces ailerons fussent recouverts et assujettis par une lame de cuivre. Le pompon de crin devrait être remplacé par un en cuivre qui serait plus facile à assujettir et durable… »

Image Active

Le Colonel de Lacroix du 3ème Cuirassiers observe ceci : «  le casque est susceptible d’améliorations  Une fausse vue d’économie a empêché que la crinière ne fût recouverte par une lame de cuivre qui, en s’adaptant au pompon et aux deux parties latérales supérieures du cimier jusqu’à son extrémité postérieure, se perdant ensuite dan les crins qui se répandent sur la partie postérieure de la bombe et du turban.
Ce défaut essentiel de confection, en permettant à la pluie d’entrer dans la rainure de la crinière, occasionne en peu de temps la pourriture des fils d’attaches qui confectionnent les crins, ce qui les fait tomber et rend non seulement cette coiffure fort désagréable à la vue, mais encore la met en peu de temps hors d’état de servir. Il arrive par là que la pluie, en traversant avec facilité cette partie de la crinière, forme une gouttière qui tombe sur la nuque du Cuirassier, s’épanche dans le dos et mouille entièrement, ce qui rend fort incommode et nuisible à sa santé.
L’application de la lame de cuivre que je propose et qui recouvrirait le cimier en totalité, ferait disparaître ces inconvénients et offrirait le double avantage d’opposer une bien plus grande résistance aux coups de sabre portés sur cette partie et rendre cette coiffure beaucoup plus flatteuse pour le coup d’œil.
C’est sans doute d’après les motifs d’économie mal conçue que l’on néglige également de garnir en cuivre le pompon en bois qui surmonte le devant du cimier : cette partie du casque n’étant recouverte que par les crins, ne présente aucune solidité ; au lieu qu’au contraire elle en aurait beaucoup au moyen de cette garniture, appliquée de manière à laisser passer la houppette qui forme le sommet du cimier.
Ce que je viens de dire s’étend aux visières des casques, lesquelles sortent des magasins du gouvernement sans être bordées de cuivre. Je regarde cependant cette garniture comme très essentielle, parce que d’abord elle soutient parfaitement la visière et l’empêche de se fausser et de se retirer sans être maintenue, sous un soleil ardent. Ce bord en cuivre a de plus l’avantage d’offrir une résistance capable de préserver le cavalier d’un coup de sabre qui lui serait porté sur la figure.
Il est hors de doute que la lame de cuivre du cimier et les garnitures, telles que je les indique, en corrigeant les défauts du casque, que j’ai exposés, et en le rendant beaucoup plus commode et plus élégant, le rendent également plus solide et en prolongeront la durée… ».


Il est donc clair que ce casque fut l’objet de violentes critiques, surtout en 1813-1814, où l’administration fait flèche de tout bois pour habiller et équiper ses escadrons de la « cavalerie du patatras ». Ce modèle disgracieux sera retiré en décembre 1814.

5. Modèle à la Minerve 1814 (1810).

a. 1810.

Dès la période qui a suivi la paix de Tilsit, les Officiers avaient commencé à se faire des casques inspirés de ceux des Dragons de la Garde Impériale, dits « à la Minerve » dont la bombe est plus élevée et inclinée en arrière que le type en usage et dont le cimier est plus élevé.
La visière est recouverte de fourrure noire et fait partie intégrante du bandeau.
Les rosaces de jugulaires sont à tête de lion.

Image Active

b. 1814.

Après la catastrophe de 1812, et après avoir unanimement constaté la médiocrité du modèle 1811, le casque à la Minerve se généralise au sein des Régiments tant pour les Officiers que pour les Sous-Officiers et les hommes du rang.

6. Modèles Officiers.

a. Un casque d’Officier de 1807.

Image Active

Attardons-nous sur un casque d’Officier, celui du Colonel Merlin, daté de 1807 mais comparable au modèle de 1803. Bien que sa silhouette soit quasi identique au casque de troupe de la même époque, quelles en sont les principales caractéristiques ?
Notons que le cimier de laiton doré est décoré de palmettes se détachant sur un fond « sablé ». Le masque, outre la tête de Gorgone, porte une cuirasse estampée.
Le porte-aigrette est de laiton doré également et orné de palmettes. Le cimier est recouvert d’une plaque protégeant la crinière de l’humidité.

La bombe est en acier bruni ou argenté et surmonte un bandeau de fourrure noire. Les jugulaires sont brodées de fils d’or imitant les traditionnelles écailles, et sont montées sur une rosette argent ornée d’une tête de lion dorée.
Sur le coté gauche est soudé le porte-plumet de laiton doré surmonté d’une olive décorée de palmettes et portant une vis de serrage.
La visière est de cuir noirci et renforcée par un jonc en laiton doré.

b. Casque à Minerve 1810.

Image Active

Rappelons-nous que c’est à l’initiative des Officiers que ce type de casque verra son apparition en 1810, pour être plus répandu au sein de régiments après 1812.
Il est aussi bon de se souvenir que les Officiers se fournissaient en équipements et tenues auprès de commerçants leurs réalisant à peu près ce qu’ils souhaitaient, toujours selon leur fortune respective. C’est pourquoi, il existe une telle diversité de casques dits à la Minerve, même si la forme générale reste identique. On peut pratiquement dire qu’il y avait autant de variantes qu’il y avait d’Officiers et que de ce fait, on ne trouvera jamais deux casques similaires.
Le paragraphe qui va suivre, illustre parfaitement ses propos.

c. Casque d’Officiers Supérieurs.

Image Active

S’il existe des casques particulièrement prestigieux sous l’Empire, il semble couler de source de classer ceux des Officiers Supérieurs parmi-ceux-ci, et tout particulièrement le modèle à la Minerve.
En effet, la richesse des décorations les ornant en fait quasi des œuvres d’art !
 Tout d’abord, notons que les bombes sont quasiment à chaque fois en argent massif (on y trouve un ou plusieurs poinçons). Cette bombe penchée vers l’arrière est garnie d’une gouttière permettant à l’eau de ruisseler le long du bandeau.
Le turban et la visière sont recouverts d’une peau de vache marine noire. Les jugulaires sont en cuir souple gainé de velours noir et recouvert d’écailles en cuivre plaquée d’argent.
Le cimier est généralement plus décoré comme par l’ajout de gaudrons le long des palmettes sur les ailerons. La plaque de recouvrement du cimier est gravée au ciselé, de feuillages et de rinceaux.
Il est à noter que certains casques portent un couvre nuque.

d. Casque d’Officiers d’Etat-Major.

La distinctive essentielle de ces casques, outre le fait d’être comme les précédents richement décorés, réside dans le fait que la cuirasse sur le masque du cimier ne porte aucun numéro de Régiment. Cela s’explique par le fait que ces casques sont portés par des Officiers d’Etat-Major ou des Officiers Généraux.
Notons également que les casques portés dans le cadre de ces fonctions sont ornés d’un plumet blanc.

Image Active

7. Distinctives au sein des Régiments.

Nous savons que les Régiments tentent de se distinguer les uns des autres par des modifications les plus originales les unes que les autres. Le 10ème Régiment n’hésitera pas à porter des aigrettes rouges et à insérer une torsade rouge dans la crinière.

Notons également que le plumet est identique pour toutes les unités quelle que soit sa couleur distinctive. Ils seront écarlates et auront les dimensions suivantes : 325mm de long, 45mm de large à la base, 100mm de large au sommet, tige longue de 60mm.

Il existe néanmoins des distinctives réglementaires afin de reconnaître les Compagnies et les Escadrons les uns des autres. Il s’agit des pompons se déclinant en couleurs différentes. Ces pompons remplaçaient en campagne et certainement au combat les plumets trop fragiles pour résister aux affres des combats.
Ces pompons pouvaient avoir différentes formes ; sphérique, carotte, lenticulaire,…

En 1812, le règlement prévoit des pompons de laine en forme de lentille d’un diamètre de 60mm et d’une épaisseur de 25mm.
Voici les couleurs distinctives :

• 1er Esc, 1ère Cie : écarlate
• 1er Esc, 5ème Cie : écarlate, centre blanc
• 2ème Esc, 2ème Cie : bleu ciel
• 2ème Esc, 6ème Cie : bleu ciel, centre blanc
• 3ème Esc, 3ème Cie : aurore
• 3ème Esc, 7ème Cie : aurore, centre blanc
• 4ème Esc, 4ème Cie : violet
• 4ème Esc, 8ème Cie : violet, centre blanc


8. Conclusions.

Nous sommes arrivés au terme de cette sommaire étude relative au casque de Cuirassier sous le Consulat et l’Empire. Il est un fait certain que ces quelques lignes ne sont que l’ébauche d’une approche méritant d’être bien plus exhaustive et que nous laissons entre les mains plus érudites que les nôtres.

Néanmoins, au cours des différents paragraphes, nous avons pu retracer les grandes lignes de l’évolution de cette pièce d’équipement emblématique et dégager ainsi quelques considérations.

En effet, force est de constater, à l’instar de la cuirasse traitée dans un autre chapitre, que c’est la diversité qui règne en maîtresse. Si la ligne générale reste semblable, et quel que soit le modèle, il est quasi impossible de trouver deux casques parfaitement identiques. C’est non seulement le fait des artisans différents contractés, mais aussi le résultat des réparations dues aux nombreuses campagnes, sans oublier les restaurations parfois malheureuses.

Par ailleurs, soulignons aussi le fait que quelle que soit la coiffure adoptée, comme le bicorne an passant par le casque classique et en finissant par celui à la Minerve, ces coiffures trouveront toujours des détracteurs et seront en permanence l’objet de critiques. Tantôt trop ressemblant au casque des Dragons, tantôt trop rutilant, voire fragile, cette pièce d’équipement des Cuirassiers ne cessera d’être modifié, voire remplacée et ce jusqu’au moment où les Cuirassiers cesseront d’être montés.

Finalement et malgré ses faiblesses et son évolution, le casque à cimier et à crinière des Cuirassiers de l’Empire a marqué et marquera pour des générations encore nos esprits, tant il est le symbole de l’esprit d’audace et d’aventure qu’incarnent les Régiments de Cavalerie Lourde.

Bout'feu


Bibliographie.

1. Tradition Magazine N°54-55, Histoire et Collections, Juillet-août 1991.
2. Les Trésors de l’Empéri, L’Armée de Napoléon, V. Bourgeot, La Revue Napoléon, nouvelle édition, octobre 2009.
3. Les Coiffures de l’Armée Française, J. Margerand, Le Livre Chez Vous, novembre 2002.
4. Les Uniformes du Premier Empire, Les Cuirassiers, Commandant Bucqoy, Grancher, 1978.